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En 2004, un ado de 15 ans avait perdu la vie lors d’une course d’école sur l’Ardèche. Le 2 décembre, le procès des deux maîtres impliqués a repris à Vevey après neuf mois d’interruption. Toute la profession retient son souffle.
Rappels des faits
Quinze élèves de neuvième année sont inscrits pour cette sortie assimilée à une course d’école. La journée démarre assez mal, car peu avant le départ, l’accompagnateur qui devait se joindre au maître de classe et qui n’est pas enseignant se désiste pour des raisons professionnelles.
Ce 15 septembre 2004 à cinq heures du matin, c’est donc le prof tout seul – ou presque puisqu’il y a aussi le chauffeur du minibus – qui va chercher à leur domicile les ados pour ce voyage de plusieurs centaines de kilomètres.
Un voyage qu’il accomplira seul à seul avec Cédric dans sa voiture personnelle, faute de place dans le bus.
La petite équipe prend du retard et n’arrive au bord de la rivière Ardèche qu’en fin d’après-midi
L’enseignant autorise alors les jeunes à se baigner dans le cours d’eau, large à cet endroit d’une cinquantaine de mètres.
Un groupe entreprend de gagner l’autre rive, pour jouer à plonger depuis un rocher. Le maître de classe reste sur la berge avec le chauffeur. Il prend des photos souvenir. Il ne réagit pas tout de suite lorsque des cris lui parviennent de la rivière. «M’sieur, Cédric a coulé!», crie une fille. Le prof croit d’abord à une plaisanterie. Puis il réalise que c’est sérieux.
Il court à l’eau en se déshabillant, plonge, mais il est trop tard.
Le corps du jeune homme sera retrouvé par huit mètres de fond, une dizaine de mètres en avant de l’arche de pierre de Pont d’Arc.
Selon ses camarades qui nageaient avec lui, Cédric aurait été surpris par le courant de la rivière.
Eléments à prendre en compte
Trois cents mètres en nage libre et quinze mètres sous l’eau sinon pas de canoë. Voilà pour la théorie.
La pratique, c’est une autre histoire. Les maîtres de sport sont les premiers à le dire. Ils y croient si peu qu’ils oublient d’insister sur ce point lorsqu’on les consulte pour connaître les aptitudes des élèves d’une classe projetant d’aller pagayer sur une rivière.
C’est que les technocrates qui ont édicté ces directives ont oublié de préciser les conditions de ce test. Il est effectué à peu près n’importe comment puis interprété en totale subjectivité.
Dans la reprise hier du procès des deux enseignants accusés d’homicide par négligence après la noyade de Cédric, 15 ans, personne ne s’est convaincu que l’adolescent serait encore en vie s’il avait réussi son test de natation en apnée.
Le prof de sport resté à Montreux aurait dû bien sûr dire au maître accompagnant seul avec un chauffeur la classe de seize jeunes que Cédric n’était pas apte à faire du canoë dans le cadre de l’école. Mais sa collègue responsable de la gym des filles n’avait elle non plus pas averti qu’aucune des six demoiselles présentes n’avait réussi cet examen en piscine.
Le milieu craint l’avènement d’un juridisme à l’Américaine
Le drame de 2004 a laissé des traces chez les enseignants. Pas de psychose cependant: les sorties sportives et autres camps de ski sont encore largement en vogue.
Jacques Daniélou, président de la Société pédagogique vaudoise (SPV), relate qu’il doit régulièrement rassurer ses collègues: «L’idée qu’une sortie peut déboucher sur un procès engendre une crispation. Mais je tente d’expliquer qu’en cas d’accident, la justice intervient automatiquement et qu’il n’y a pas lieu de se sentir coupable d’entrée de jeu.»
Coprésident de l’Association vaudoise d’éducation physique scolaire, Serge Weber confirme: «Certains de mes collègues ont décidé de prendre moins de risques, mais la plupart continuent comme avant. Simplement, nous faisons davantage attention avec les marches à suivre. Nous rédigeons des circulaires détaillées et sommes plus précis sur les questions juridiques. En bref, nous soignons la communication. Moi, je continue d’organiser toutes sortes de camps, de ski, de ski de fond, de vélo. de randonnée, etc.»
Et un collègue de préciser «Tout ce que je peux dire, c’est que les balises juridiques se sont peu à peu posées. Bien sûr, il y a toujours des risques, mais avec un bon respect des consignes et du bon sens, les choses se passent bien.»
Affaire à suivre.